Si l’on vous dit « Des pâtes, oui, mais des Panzani », vous entendez presque la voix de la pub, non ? Ce slogan a bercé des générations. Mais ce que beaucoup de Français ignorent encore, c’est que cette grande aventure industrielle est née… dans les Deux-Sèvres. Une histoire de grenier, de vélo, d’audace et de sauce tomate qui va bien au-delà d’un simple paquet de pâtes.
Une marque culte… née dans un grenier niortais
Nous sommes en 1940, à Niort. Jean Panzani, né Giovanni Ubaldo Panzani à Paris en 1911, revient blessé de la Seconde Guerre mondiale. Il pourrait reprendre une vie tranquille d’expert-comptable. Il choisit tout l’inverse.
Dans le grenier de la maison de ses beaux-parents, rue Baugier, il installe un petit atelier. Farine, œufs, un peu d’eau, un séchoir artisanal. Les premières pâtes Panzani voient le jour dans ce lieu modeste qui sent la farine et la vapeur chaude.
Pas de camion, pas d’usine, pas de chaîne automatisée. Jean charge ses caisses de pâtes sur un vélo et livre lui-même les épiceries de Niort. On imagine presque les rues pavées, les arrêts devant les vitrines, les discussions avec les commerçants qui goûtent ces pâtes « à l’italienne » faites au cœur des Deux-Sèvres.
Un Niortais pas comme les autres : comptable, publicitaire, puis industriel
Avant de devenir le « monsieur pâtes » de la France entière, Jean Panzani a déjà plusieurs vies. Dans les années 1930, il ouvre une agence de publicité rue de l’Arsenal à Niort. Puis il gère une agence immobilière rue Barbezière.
Cette expérience dans la com’ va tout changer. Elle lui donnera ce réflexe rare, pour l’époque : comprendre que pour vendre des pâtes, il ne suffit pas d’en fabriquer. Il faut aussi créer une marque forte, une histoire, une image dont on se souvient.
Résultat : dès les débuts, Panzani ne se contente pas d’être un petit producteur local. La vision est déjà plus grande. Plus ambitieuse. Les Deux-Sèvres deviennent le point de départ d’un projet national.
De Niort à Parthenay : les Deux-Sèvres, berceau de l’expansion
Très vite, les ventes décollent. Les épiciers recommandent ces pâtes de bonne tenue qui ne collent pas et supportent bien la cuisson. Pour suivre la demande, l’activité quitte le simple grenier familial.
La marque s’installe puis se développe à Parthenay. Ce n’est plus seulement une histoire de ville. C’est tout un territoire deux-sévrien qui devient le laboratoire de la future numéro 1 des pâtes en France.
Ateliers plus grands, outils modernisés, effectifs qui augmentent. Panzani passe progressivement du statut d’artisan local à celui d’industriel régional. Mais les racines restent bien plantées ici : dans ce département que l’on associe plus souvent aux mutuelles qu’aux assiettes de spaghetti.
« Des pâtes, oui, mais des Panzani » : quand la pub change tout
Si vous vous souvenez de ce slogan, ce n’est pas un hasard. C’est le fruit d’une stratégie très en avance sur son temps. Panzani comprend tôt que la bataille ne se joue pas seulement dans les rayons. Elle se joue aussi dans la tête des consommateurs.
À partir des années 1960, la marque investit massivement dans la publicité télévisée. Les spots sont simples, répétitifs, presque chantants. Le message rentre, s’installe, se transmet de génération en génération. À tel point que le slogan devient un vrai morceau de culture populaire française.
C’est là que le passé de publicitaire de Jean Panzani refait surface. Il sait qu’un bon produit peut rester invisible si on ne le raconte pas. Alors il raconte. Il met en scène les pâtes, la famille, la table, la sauce tomate rouge éclatante. Et Panzani se fait une place dans les foyers.
Comment Panzani est devenu leader des pâtes en France
Aujourd’hui, Panzani représente près d’un tiers des ventes de pâtes en France. Une position impressionnante quand on se souvient du départ sur un simple vélo dans Niort. Comment la marque en est-elle arrivée là ?
- Une qualité régulière : des pâtes qui cuisent bien, tiennent la cuisson, gardent une texture ferme.
- Une forte présence en magasin : des paquets visibles, un large choix de formes et de formats.
- Une image de marque rassurante : familiale, chaleureuse, facilement identifiable.
- Une capacité à innover : sauces, pâtes aux œufs, pâtes complètes, formats « cuisson rapide ».
Toutes ces petites décisions accumulées créent, au fil des décennies, un réflexe simple chez le consommateur : quand il pense « pâtes », il pense Panzani. Et rarement, il imagine que cette habitude nationale plonge ses racines dans un grenier de Niort.
Les Deux-Sèvres, discrètes… mais au cœur de nos assiettes
Quand on parle des grands groupes agroalimentaires, on pense souvent à la Bretagne, au Nord, ou à la région lyonnaise. Les Deux-Sèvres, elles, restent plus discrètes. Et pourtant, avec Panzani, ce département a offert à la France un champion industriel entré dans le quotidien de millions de foyers.
Il y a quelque chose de touchant à imaginer que derrière un simple paquet de spaghetti acheté en supermarché se cache une histoire très locale. Celle d’un fils de commerçants italiens, blessé par la guerre, qui décide de repartir de zéro dans une maison niortaise. Avec de la farine, des œufs, des idées et un vélo.
Alors, la prochaine fois que vous prendrez un paquet de pâtes Panzani, peut-être aurez-vous une petite pensée pour Niort, Parthenay et les rues où tout a commencé. Des pâtes, oui. Mais aussi une belle leçon d’audace deux-sévrienne.
Et dans l’assiette, ça donne quoi ? Une idée simple pour célébrer Panzani
Pour rester dans l’esprit de cette histoire, voici une recette rapide, inspirée de la cuisine italienne familiale, à réaliser avec des pâtes Panzani. Loin des pubs télé, proche de la vraie vie.
Ingrédients pour 4 personnes :
- 400 g de spaghetti Panzani (ou 100 g par personne)
- 2 c. à soupe d’huile d’olive
- 2 gousses d’ail
- 1 petite échalote
- 400 g de tomates concassées en boîte ou en brique
- 1 c. à soupe de concentré de tomate (facultatif mais plus parfumé)
- 1 c. à café de sucre (pour adoucir l’acidité)
- 1 c. à café rase de sel + sel pour l’eau de cuisson
- Poivre noir moulu, à votre goût
- 6 à 8 feuilles de basilic frais ou 1 c. à café d’herbes de Provence séchées
- 40 g de parmesan râpé (ou gruyère si vous préférez)
Préparation :
- Faites bouillir une grande casserole d’eau avec 1 c. à soupe de sel. Quand ça bout, versez les 400 g de spaghetti Panzani et faites cuire le temps indiqué sur le paquet pour une cuisson « al dente ».
- Pendant ce temps, épluchez l’ail et l’échalote. Hachez-les finement.
- Dans une poêle, faites chauffer 2 c. à soupe d’huile d’olive à feu moyen. Ajoutez l’ail et l’échalote. Faites revenir 1 à 2 minutes, sans laisser colorer.
- Ajoutez les 400 g de tomates concassées et, si vous en avez, 1 c. à soupe de concentré de tomate. Mélangez bien.
- Salez avec 1 c. à café de sel, poivrez à votre goût. Ajoutez 1 c. à café de sucre pour casser l’acidité.
- Laissez mijoter à feu doux environ 8 à 10 minutes. La sauce doit légèrement épaissir et parfumer la cuisine.
- Égouttez les pâtes en gardant une petite louche d’eau de cuisson. Versez les pâtes dans la poêle avec la sauce. Mélangez bien sur feu doux. Si c’est trop sec, ajoutez un peu d’eau de cuisson.
- Ajoutez le basilic ciselé ou les herbes, mélangez encore 30 secondes.
- Servez aussitôt avec le parmesan râpé par-dessus.
Une assiette simple, rouge et dorée, qui rappelle à la fois les origines italiennes de Jean Panzani et les racines bien françaises, bien deux-sévriennes, de son aventure. Comme quoi, parfois, un peu d’histoire se cache dans chaque bouchée.






